La fellation

Est-ce que tu voudrais me faire une pipe? Il faut faire ça quand on est en couple, quand on aime vraiment l’autre personne, right? Suce-moi…  Est-ce que tu avales ou tu craches?  Je veux être dans ta bouche… Il ne faut pas faire ça dans un one night stand, parce que c’est trop cochon, c’est ça? Suces-tu toi ?

J’ai toujours redouté le moment où mon partenaire allait me demander de lui faire une fellation. Même lorsque je n’avais pas de vie sexuelle (ni avec moi-même, ni avec les autres), j’ai toujours clamé haut et fort que je n’en ferais J-A-M-A-I-S. D’abord, l’idée de me mettre la bouche sur un orifice qui expulse quotidiennement de l’urine ne me mettait pas particulièrement l’eau à la bouche. Ensuite, j’ai toujours eu l’impression que s’exécuter à un tel acte, c’était l’équivalent de se soumettre à l’homme. Chose à laquelle j’aspirais encore moins.

J’essayais de réfléchir aux raisons qui m’avaient toujours donné cette perception. La première chose qui m’est venue en tête, c’est l’image « clichée » de la fellation. La femme agenouillée devant l’homme, ce dernier qui lui tire les cheveux et presse sa nuque vers son bassin en lui faisant presque avaler de force son pénis. Puis, j’ai songé presque aussi automatiquement aux commentaires (souvent entendus) aux intonations salaces de bromance cro-magnienne du genre : Men, elle m’a blow dans le char! Gros, elle m’a sucé la graine! Et surtout les high-five et les rires niais qui s’en suivaient, comme si, je sais pas, tu venais de ramener un esti de gros mammouth pour toute la tribu! Yé! Nous pouvoir manger pour deux mois! Des gros coups sul chest comme un gorille avec ça?

Jusqu’à tout récemment, mes (pas très nombreuses) expériences m’encourageaient à conserver cet espèce de dégoût pour le sexe oral. Parce que si je me mettais à aimer ça, ou même juste à faire ça, ça me donnait l’impression d’être une salope, bref d’être irrespectable. Jamais je n’aurais sucé un gars dans un one-night. Pis quand je le faisais, c’était pour faire plaisir à un chum, jamais pour mon propre plaisir.

Or, à bien y penser, le sexe masculin m’avait pratiquement toujours été présenté comme un danger. Attention aux maladies transmises sexuellement, attention de ne pas tomber enceinte, attention, les garçons, ils ne veulent qu’entrer dans tes pantalons, attention il faut que tu choisisses le bon, attention de ne pas avoir l’air d’une salope… Jamais on ne m’a réellement introduit le sexe comme une chose agréable, de laquelle on peut retirer du plaisir... Et encore moins pour ce qui est de l’organe reproducteur qu’est le pénis! En fait, silence radio sur tout ce qui ne concernait pas, justement, sa fonction reproductrice. Mais pourquoi on ne parle jamais de sa douceur ? (C’EST TELLEMENT DOUX, POUR VRAI WOW!) Pourquoi on ne parle pas de sa chaleur? Pourquoi est-ce qu’on ne mentionne jamais que les femmes peuvent actually aimer ça faire des pipes? Et tant qu’à y être, pourquoi est-ce qu’on n’envisage pas cette pratique sexuelle comme la femme qui domine le plaisir de l’homme? Tsé, on jase là…

J’ai eu, à un certain moment, un chum qui me faisait sentir coupable de ne pas lui « accorder » ce plaisir. Comme si je n’étais pas normale. Comme si, dans un couple, c’était la chose à faire. Comme si, notre vie sexuelle n’était pas tout à fait complète. Il faut dire que j’en suis restée un peu traumatisée… Ce qui est normal, à mon avis, c’est d’avoir des pratiques sexuelles qui plaisent aux deux partenaires. Messemble que quand un ou l’autre n’a pas terriblement envie de faire un truc, une pipe en l’occurrence, ce n’est absolument pas agréable de la recevoir.  Heureusement, j’ai fini par avoir un partenaire sexuel très ouvert, et jamais réprobateur. Tu ne devrais jamais faire quelque chose que t’as pas envie de faire qu’il m’avait dit, suite à mon refus de le sucer. Jamais il ne m’a poussée à faire quelque chose que je ne voulais pas faire. C’est venu tout naturellement, à force d’apprendre à découvrir son corps, et lui, le mien. C’était bien plus de la curiosité de ma part que de l’insistance de la sienne. Et aujourd’hui, si je le fais, c’est d’abord pour mon propre plaisir, pour mes propres envies, pas celles de mes partenaires.

Alors, si on vous dit que vous devez absolument sucer, fuyez. Si on vous enjoigne à faire semblant d’aimer les pénis alors que vous ne ressentez pas fondamentalement d’attirance pour cette partie du corps des hommes (et ce, même si vous considérez que vous êtes réellement attiré-e-s par ces derniers), fuyez aussi. Ne négligez pas votre plaisir. Parce que si les deux partenaires (ou plus) n’ont pas envie à 100% de faire/recevoir une certaine forme de sexe, non seulement ce n’est pas tellement éthique au niveau du consentement, mais aussi votre baise va être plate en taaaaaaaaaa!

Peace out,

Médusa


Étudiante dans le domaine de la communication, Médusa, dont les propos peuvent parfois être venimeux, n’a pas la langue dans sa poche. Passionnée par les langues (mais pas le fourchelangue), elle adore serpenter à qui mieux-mieux les différents continents. Ironiquement, Médusa a une peur bleue des reptiles.

Pour lire le dernier article de Médusa – Agression sans titre – c’est ici!

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2 réflexions sur “La fellation

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