Agression sans titre

Tu es arrivée chez lui, toute fiévreuse et dégoulinante de pluie. Même après une douche et des dolipranes, tu ne cessais de trembloter. Il t’a offert de t’allonger dans son lit, t’a même fait une tisane pour que tu te sentes mieux. Complètement dans les vapes, tu t’endors. On te réveille en plein milieu de la nuit. « Do you mind if I sleep with you? » qu’il te demande. C’est un immense lit queen, le sien après tout. Tu marmonnes un oui. Épuisée, tu retombes dans les bras de Morphée comme une reine.

Tu as chaud. Tu comprends que c’est la chaleur de son corps, qui te semble un peu trop proche du tien, qui t’as réveillé. Tu n’en fais pas un cas, il doit dormir après tout. Mais, presque aussitôt, il glisse son bras par-dessus le tien et sa main se pose sur tes côtes, à la frontière de ton sein gauche.

Naïvement, tu espères que ce n’est pas ce que tu penses que c’est, et qu’il est bien assoupi. Tu ne fais pas de bruit, tu ne bouges pas d’un centimètre, tu pries silencieusement pour qu’il se retourne et lâche ton corps. Ton coeur bat à tout rompre, tu es statufiée et terrifiée. Et c’est à ce moment qu’il empoigne ton sein, et du même coup, ta dignité.

Tu te lèves d’un bond, envoies sa main valser et sors de la pièce. N’ayant tout simplement pas d’endroit où aller, tu finis par te recoucher à ses côtés, tétanisée d’effroi à l’idée que ses mains soient à nouveau sur toi. Ça n’arrive pas, mais le mal est déjà fait. Tu ne peux plus dormir, chaque bruit te fait tressaillir. Tu doutes de toi aussi. Tu n’aurais pas dû accepter l’offre, pas dû mettre les pieds dans sa maison, pas dû faire du couchsurfing. Tu essaies de te raisonner. C’est un homme pathétique qui a profité de ta situation, de ton état d’esprit faible.

Mais c’est pernicieux, insinueux même. Tu te sens sale, coupable, et en même temps, indignée de te sentir de la sorte.

Mais aujourd’hui, plus que jamais, tu sais que tu n’es pas la seule. Que le « tu » de ces écrits, ce sont toutes ces femmes, célèbres ou pas, qui se sont faites un jour ou l’autre agresser, harceler ou violer. Des femmes qui se sont tues pendant des années. Des femmes qui ont banalisé la gravité des horreurs qui leur sont arrivées. Des femmes qui se font dire qu’un viol ou une agression c’est forcément un truc crade dans une ruelle avec un gars louche. Sinon, c’est juste des « inconduites sexuelles ». Well, no. Et, à bien y penser, tu ne connais pas une femme qui n’a pas, elle aussi, au moins une histoire comme la tienne.  

Moi aussi,

Médusa  

 

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