Ils pourraient nous aider

« Ben là, tu penses tu vraiment qu’il y a des filles qui mangeraient moins juste pour ça ? ».

C’est ce que m’a dit un ami d’enfance, lorsque nous regardions avec une autre fille le compte Instagram d’une jeune instafamous québécoise qui balade son corps devant des paysages de carte postale qu’elle masque de ses fesses sur pratiquement toutes les photos. Sur le coup, j’ai été légèrement insultée. Puis très rapidement, j’ai ressenti une grande dose de tendresse devant la naïveté de ses 17 ans qui le portait à se poser une question dont la réponse me semblait pourtant si évidente. Mais surtout, j’ai eu un regain d’espoir. Et mes yeux se sont malgré moi remplis de larmes et d’émotions lorsque je lui ai dit sans même hésiter : « Toutes les filles, absolument toutes les filles pensent à leur poids un jour ou l’autre». La fille qui était avec nous, sans même que nous nous en soyons déjà parlé auparavant, sans même que je l’aie consultée avant d’établir ce fait que je me permettais d’énoncer aussi clairement pour la première fois de ma vie, a tout de suite approuvé. Et devant le regard étonné et légèrement brisé de mon jeune ami, qui m’a extrêmement touchée, nous nous sommes toutes les deux mises à justifier ce fait tabou qui ne devrait pas en être un. « J’y pense à peu près chaque fois que je mange ». « J’ai plusieurs amies qui ont été hospitalisées pour troubles alimentaires ». « Même mes amies toutes minces y pensent ». « Même celles qui n’ont pas l’air d’y faire attention y pensent de temps en temps ».

De plus en plus, il semblait se perdre dans ses pensées. Il nous a dit qu’il n’avait jamais réalisé cela. Il nous a même dit en montrant son petit doigt « ben là, y a aucun gars qui voudrait d’une fille mince comme ça ». Et nous lui avons instinctivement répondu « bien ce n’est pas ce que les 100 000 likes sur la photo de la fille nous montrent ». Et après réflexion, je me suis dit également : comment peut-on décider sans aucune vergogne, qu’aucun gars ne voudrait d’une fille mince comme un petit doigt ? Comment peut-on affirmer avec autant de détachement qu’aucun gars ne voudrait d’une fille en raison de son corps ? Il l’a pourtant dit par gentillesse, pour nous rassurer, pour nous faire comprendre que nous étions toutes aussi, sinon plus, désirables que cette déesse à la cyber-vie parfaite. Mais derrière ce genre de commentaire, que j’ai entendu un nombre incalculable de fois, se cache le centre du problème : on associe la valeur des femmes à leur apparence.

Les garçons, les hommes, la gente masculine, ne « veulent pas » d’une fille trop mince, ni trop grosse. On balance ce genre de commentaire comme s’il ne valait rien. Comme on me balance de temps en temps ce « wow, tu es toute petite ! », qui paraît si inoffensif mais qui est pourtant assez invasif pour venir bouleverser la fragilité de mes pensées saines.

Souvent, en tant que femmes, on commente, on analyse, on juge, on dénigre, on idolâtre le physique de celles qui nous entourent et dans notre petite peau à nous, on ne sait plus comment être à la « hauteur » de ces idéaux. On ne sait plus comment échapper à ces incessantes remarques tout en pouvant croquer en paix dans cette pâtisserie de laquelle le garçon d’à côté ne semble pas se méfier le moins du monde. Et dans tout cela, on s’isole et on se sent seules. On pense que celle à côté de nous, celle au ventre plat et aux bras menus, n’a pas à penser à ça. On ignore qu’elle essaie de s’en sortir, qu’elle s’est tellement privée pour en arriver là qu’elle n’a pas eu ses règles depuis un an. On pense que celle au visage rond et aux cuisses enrobées se fout de sa santé et que c’est tant pis pour elle (ou tant mieux!). On ignore qu’elle a pris 50 livres dans les derniers mois à cause des antidépresseurs qu’elle prend depuis sa dernière crise de boulimie. On se ferme les yeux les unes sur les autres. C’est depuis que je les ai ouverts, tout récemment, que j’ai réalisé que loin d’être seule, j’étais en fait un tout. Que toutes les filles de mon entourage avaient les mêmes préoccupations, à différents degrés. Et je me suis alors mise à remarquer d’où elles venaient et pourquoi nous nous étions toutes fait prendre dans ce piège saccageur. Et ce que j’ai constaté, c’est que tout nous y pousse.

Du secondaire à aujourd’hui, j’ai toujours entendu des commentaires que mes amis font à propos des filles qui me rendent mal à l’aise. Au niveau de leur poids, de leurs poils, de leur style. Au niveau du fait qu’elles soient fourrables ou non. Et même si c’est dit en blague, le fond de sincérité qui provient de leurs paroles est troublant. Inconsciemment, ça nous incite à adopter des attitudes excessives en espérant délibérément qu’aucun de ces commentaires désobligeants ne soit porté à notre égard. Des filles font des régimes pour leurs copains, souvent suite à des remarques sur les changements de leur corps par ces derniers. Que ce soit une pression exercée volontairement ou un simple manque de tact, les conséquences en sont les mêmes et certaines, que je connais, s’en sont rendues malades. Dans le monde superficiel dans lequel on vit, une simple phrase peut venir briser en entier la confiance qu’une fille a pour elle-même.

Également, il est su et dit que les modèles féminins de la publicité et de la mode sont si maigres que leur santé en est remise en question. On le sait et on en parle. Mais si  peu change. Et les filles qui exhibent leurs corps voluptueux devant des plages grecques restent celles que les jeunes adolescentes aspirent à devenir. Ce sont elles qui attirent les sponsors et qui peuvent se permettre de faire le tour du monde. Depuis quelques mois, je me sens plus confiante à dénoncer ces injustices et à en parler ouvertement avec les femmes de mon entourage. Pourtant, ces dernières me surprennent à se laisser trop souvent aveugler par la perfection qui ressort de ces clichés. Et surtout, ce qui m’attriste le plus, c’est que les femmes deviennent tellement habituées aux commentaires méprisants des hommes, qu’elles les justifient. C’est ce qu’a instinctivement fait une amie à qui j’ai parlé d’un garçon de 16 ans qui disait que sa copine ne valait rien pour lui, mais qu’il la gardait pour la  fourrer : « ouais, mais tsé c’est juste pour remonter sa confiance en lui ». Vraiment ?! Pour remonter sa confiance en lui ? Ça m’a tellement choquée. Ça m’a choquée qu’on en soit rendues au point d’excuser des propos aussi dénigrants, sexistes et émotionnellement violents. Si cette fille entendait cela, qui serait là pour protéger sa confiance en ELLE ? Comment on peut pardonner aux hommes de se remonter en nous écrasant ? Comment on peut espérer que les choses changent si même entre femmes, on ne se défend pas ?

Depuis un temps, j’ai un désir bouillonnant en moi que l’on s’ouvre les yeux. Alors aussi utopique que cela puisse paraître, je rêverais qu’au lieu de nous nuire, les hommes puissent nous aider. Et si un jeune garçon de 17 ans est assez allumé pour s’indigner de l’absurdité de la pression qui écrase les femmes sur leur physique, j’ai espoir que mon appel à l’aide peut en toucher plus d’un. Et surtout, plus d’une.

La Malinche


Elle vit dans un univers romantique, teinté d’une perpétuelle nostalgie, où elle recherche les roses et les Hautes Lumières. Elle a essayé plusieurs fois de convaincre ses professeurs que La Malinche était le modèle innocent du triomphe de l’amour passionnel… ils ont tous ri, mais pourtant, elle n’en est pas moins certaine.

Pour lire le dernier article de La Malinche Santé ou excès? – c’est ici!

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