Mon vagin me servait de cockblock

Mon vagin me servait de cockblock. Comprenez que j’ai toujours cru avoir une relation saine avec mon vagin. Il faisait (et fait encore) partie de moi et j’essayais de me familiariser avec lui du mieux que je le pouvais. Ce que je ne savais pas, c’est que celui-ci voyait comme une menace tout objet qui s’approchait de l’ouverture. Comme si pour se parer à toutes attaques éminentes provenant de l’extérieur, mon vagin se refermait sur l’inconnu dans le but de me protéger. C’est ce qu’on appelle le vaginisme.

« Le vaginisme est une contraction musculaire prolongée ou récurrente des muscles du plancher pelvien qui entourent l’ouverture du vagin. Ce réflexe, involontaire et incontrôlable, empêche de façon persistante toute pénétration vaginale désirée, même par un doigt ou un tampon hygiénique quand le vaginisme est total, il peut être également partiel ou situationnel. » — Wikipedia

En termes plus familiers, le vagin est entouré de muscles qui forment le plancher pelvien. Le plancher pelvien comprend les muscles et les organes du bassin, dont le vagin, l’urètre et le rectum. Lorsque les muscles autour du vagin se contractent par réflexe dans le but d’empêcher une pénétration, c’est ce que les spécialistes nomment le vaginisme. Le vaginisme est parfois dû à un traumatisme ou un évènement choquant. Il peut être total, partiel ou situationnel. Le vaginisme total est quand les muscles se contractent au maximum et créent un mur impénétrable à l’entrée du vagin (comme si celui-ci se fermait). Le vaginisme partiel est lorsque les muscles se contractent, mais que la pénétration est encore possible. Finalement, le vaginisme situationnel dépend à 100 % de la personne. Par exemple, un tampon peut être inséré sans problème, mais un jouet sexuel sera douloureux. Ou encore, les contractions musculaires pourraient avoir lieu qu’avec certains partenaires et d’autres non. Dans tous les cas, le vaginisme peut être extrêmement douloureux.

Veuillez prendre note que le vaginisme n’est pas une anomalie qu’un médecin de famille va découvrir à la naissance ou même plus tard dans la vie. Comme le vagin est un muscle, c’est une question de réflexes et d’exercices. Ce n’est pas une condition, ce n’est pas une maladie et c’est domptable*. C’est plus commun que nous le pensons et l’expérience est unique à chacun-e**. Je vais vous décrire ma propre expérience, de mes premiers signes, il y a 6 ans de cela, à aujourd’hui. Je vous encourage à l’interpréter, à la démystifier et à utiliser son essence comme bon vous semble.

Retournons en arrière un peu. Comment en suis-je venue à la conclusion que mon vagin était différent? L’élément déclencheur fut lorsque j’ai tenté d’avoir des relations sexuelles avec mon nouveau copain. La douleur que j’ai vécue lors de mes premiers rapports sexuels est revenue me hanter. Mon copain actuel et moi n’avons pas poursuivi de tentatives d’avoir une pénétration et il n’en a pas fait d’histoire. Moi, par contre, je commençais à additionner toutes mes expériences reliées à l’insertion d’un quelconque objet dans mon vagin et comment aucune d’entre elles ne furent plaisantes. Laissez-moi vous en faire une petite analyse.

  1. Je n’ai été capable d’insérer un tampon qu’après 2 ans d’essai. Le moment tant attendu arriva : ce fut couché sur le plancher de la salle de bain de ma chambre d’hôtel à Cuba, en mode panique parce que je pensais que je ne pourrais pas goûter l’eau de la mer durant tout mon voyage. La motivation fait des miracles et j’ai réussi tant bien que mal à insérer le tampon. Je voudrais souligner que dans mes maints essais, le tampon ne me faisait pas mal, mais ce n’était pas confortable non plus.
  1. Continuons avec mes premières relations sexuelles avec mon premier copain. J’ai toujours mis la faute de ma souffrance sur le fait que je n’étais pas prête à me faire « passer à la casserole » et que j’aurais dû attendre plus longtemps. Maintenant, je réalise que mon innocence n’était pas la cause de ma misère. Comprenez que la première-première fois, ce fut d’une douleur intolérable. C’était horrible et j’ai pleuré par la suite. Nullement la faute de mon compagnon, à qui je n’ai jamais dit que la douleur revenait la majorité des fois que nous avions des relations sexuelles. Parfois la douleur était intense, parfois tolérable et d’autres fois très subtile. Ma logique du moment fut d’associer douleur et sexe, comprenant que j’allais toujours avoir des relations douloureuses. Ceci encouragea la grande sécheresse de trois ans dans ma vie sexuelle qui suivit notre rupture.
  1. Durant la dernière année de ma sécheresse volontaire, j’ai décidé d’être une femme plus écologique et je me suis procurée la DivaCup. Mes amies l’utilisaient et toutes avaient différentes opinions sur le produit. J’étais curieuse et mon vagin était habitué au tampon, quelle différence la DivaCup ferait-elle? J’avais tort de croire que j’étais la clientèle cible de cette coupe menstruelle. Je l’ai essayée une fois et je croyais que j’allais mourir. L’insérer fut toute une épreuve et la douleur m’était familière. La ressortir fut un évènement digne d’un thriller à bas budget. Je pensais que j’allais m’évanouir et j’étais prête à demander du renfort auprès de ma sœur. Après avoir réussi à la sortir, j’étais assez traumatisée pour ne plus vouloir l’essayer.

Nous fermons donc le cercle avec mon expérience la plus récente; ma tentative infructueuse d’avoir des relations intimes impliquant une pénétration vaginale, qui a déclenché une alarme dans ma tête comme quoi je n’étais peut-être pas normale. Mes premières pensées furent : un cancer, une tumeur, une malformation… Rien de très rassurant, mais heureusement quelques recherches Google ont su me guider. Après avoir passé la soirée à lire toutes sortes d’articles sur le vaginisme et ses symptômes, je me suis reconnue. Maintenant que j’avais ciblé mon trouble potentiel, j’ai accouru à la clinique pour voir un professionnel me confirmer ou infirmer mes déductions. J’ai parlé de mes inquiétudes au médecin et je lui ai laissé l’opportunité de venir à sa propre conclusion pour comparer nos hypothèses. Il me confirma donc mon problème. Évidemment, il y eut quelques tests, mais le vaginisme n’est pas quelque chose qui se révèle en laboratoire, alors il m’a tout de suite recommandé de visiter un centre de physiothérapie spécialisé sur la région pelvienne du corps.

J’ai suivi un traitement de physiothérapie environ 3 mois et j’ai acquis suffisamment de contrôle de mon muscle pour poursuivre seule. Je suis fière de dire que non seulement je peux maintenant avoir des relations sexuelles sans douleur, mais j’utilise aussi la DivaCup.

En conclusion, chaque femme peut vivre le vaginisme différemment. Certaines ne le remarquent pas et certaines le portent lourd dans leur cœur et corps. Il est important de comprendre qu’il n’y a pas de normes et que chaque femme doit devenir amie avec son vagin dans son propre confort. J’ai confiance que chaque femme peut conquérir le vaginisme à sa façon et mon espoir est simplement que les femmes et les hommes soient plus sensibilisés au phénomène, beaucoup plus répandu qu’on nous le laisse croire. Je ne veux simplement pas que d’autres jeunes femmes comme moi prennent autant de temps pour réaliser qu’elles ne sont pas si anormales. La gestion de la puberté est bien assez à l’adolescence, pas nécessaire de s’en faire avec des troubles supplémentaires. Pour moi, dès le moment où j’ai compris ce qui clochait avec mon vagin, j’ai vécu un tel soulagement! Ça peut sembler exagéré, mais c’est comme si on me donnait l’opportunité de vivre différemment.

Quoi? Il est possible pour moi d’aimer le sexe? Quoi? Je peux avoir des relations sexuelles sans avoir mal? Quoi? Je peux avoir du plaisir? Quoi? Mon vagin n’est pas un temple sacré que nul ne doit approcher? Que de révélations!!!

Je vous raconte mon histoire très personnelle dans le but que vous vous reconnaissiez. Si mon histoire s’applique à vous, ça pourrait être le vaginisme, ça pourrait être autre chose, ça pourrait n’être rien. Sachez que peu importe, vous n’êtes pas seules et il y a des solutions à votre mal.

One love,
Princesse Chihiro

* Je dis domptable, car c’est vraiment question d’apprendre à contrôler un muscle.

** Je dis chacun, car les hommes peuvent aussi ressentir l’effet du vaginisme, indirectement.


Princesse Chihiro, jeune femme d’affaire en devenir, métamorphosée en féministe vorace, elle parcourt le monde à la recherche de remèdes sociétaux

 

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6 réflexions sur “Mon vagin me servait de cockblock

  1. Léna dit :

    Super témoignage !
    Et bravo pour avoir réussi à dompter la cup malgré tout !
    Les filles qui ont ce genre de difficultés, je leur conseille quand même d’opter pour un tout petit modèle (genre Meluna shorty très court). Mais bref, bravo à toi d’avoir réussi avec la Diva !
    ++

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